« Elle a reçu l'éducation très spéciale de Kim Jong-Il. Elle ne peut pas imaginer comment vit le monde extérieur. Elle est encore totalement imprégnée de la Corée du Nord. Lorsqu'elle regarde la télévision chinoise ici, elle ne comprend pas les images qui défilent devant ses yeux à toute vitesse. Elle ne peut pas comprendre. Elle ne sait pas ce que c'est. Elle ne saisit même pas les atrocités et les malheurs qu'elle a vécus en Corée du Nord car elle n'a pas d'autres repères. Pour elle, les fautifs ce sont les américains. Moi je sais que Kim Jong-Il a commis des erreurs et que c'est de sa faute si la Corée du Nord a vécu des années de famine. Mais [elle] n'est pas restée assez longtemps hors du pays pour comprendre tout cela. Elle ne réalise même pas qu'il n'y a pas de liberté en Corée du Nord car le mot « liberté » n'existe pas là bas. »
Jeong Hui, réfugié Nord Coréen
Elle, c'est l'enfant réfugiée, fuyant la dictature d'un fou mégalomane. Mégalomane, car il contraint la population à des humiliations, comme de porter un badge à son effigie. Le perdre, c'est synonyme de camp de travail, et donc de mort.
Il est bien loin le temps de Joseon, le « pays du matin clair », ou encore plus banalement la Corée.
Quelle ironie du sort que d'observer aujourd'hui les deux parties de cette péninsule jadis soudée ! Buk Joseon et Nam Joseon, Hanguk et Bukhan, rien que les différentes appellations des Corées du Nord et du Sud selon le côté de la frontière où l'on se trouve, montre le fossé existant entre ces peuples, qui n'en est qu'un à vrai dire !
La Corée du Nord est sans doute le dernier Etat au monde où l'on en arrive à craindre ses propres enfants. Comment peut-on avoir confiance en ses proches dans une société où l'autocritique est imposée dans les écoles ? Où le bruit sourd de bottes cloutées résonne dans les têtes la nuit ?
L'enfer existe sur Terre, un lieu où jusqu'au mot liberté a été rayé du vocabulaire.
« Diviser pour mieux régner », telle devrait être la devise du « Cher Leader » qui, peu s'en faut, a posé les bases de son pouvoir sur la valeur sûre qu'est la délation.
Le père comme le fils n'ont eu de cesse de militariser le pays, le transformant en une véritable caserne à ciel ouvert : 1 million de soldats pour 21 millions d'habitants, soit la plus grande armée proportionnellement au monde.
Comment vivre dans un monde où il n'y a pas d'espoir ?
Le désespoir, c'est 10 ans de service militaire.
Il est dur de s'imaginer pour nous autres, populations croulant sous l'information, un peuple vivant les pires horreurs mais se croyant remarquablement bien lotti. Pour les Nord-coréens, la famine qui a frappé le pays de 1994 à 1997, Kim Jong-Il l'a aussi endurée. D'où la désillusion des réfugiés arrivant en Corée du Sud via la Chine.
La machine de propagande d'Etat est redoutable en Corée du Nord, elle développe un impitoyable système répressif et surtout dissuasif, digne de « 1984 » de George Orwell.
Il est malheureux de pouvoir faire une quantité affolante de rapprochements entre l'ouvrage visionnaire d'Orwell et la réalité nord-coréenne. On peut citer une sorte de « double pensée » développée par le régime, les membres de la classe dirigeante modifiant l'histoire et l'actualité, ils se doivent de croire en leurs mensonges en quelque sorte ; ou encore la peur généralisée chez la population. Au niveau psychologique, les spécialistes sont perplexes de constater l'état paradoxal dans lequel se retrouvent les réfugiés : ils contractent une sorte de schizophrénie. En effet leur discours varie, passant d'une critique virulente de leur dirigeant à une apologie du régime étant le fruit d'une propagande parfaitement bien menée.
Une critique à l'encontre de la classe dirigeante, c'est le camp de la mort assuré, car osons les mots, le « camp de travail » n'est qu'un euphémisme : dans ces lieux, le prisonnier ne reçoit aucune nourriture.
Dans ce cas, pourquoi ne pas fuir cet enfer ?
Malheur à celui qui manque sa tentative ! Car en Corée du Nord, pour quiconque dont l'évasion est prouvée, le régime vicieux du dernier dirigeant stalinien de la planète applique la sentence fatale à la famille entière du réfugié. (La notion de famille englobe les liens du sang mais aussi l'entourage : les amis et les collègues de travail.)
Quel cynisme que cette égalité tragique dans la mort !
Après ce triste état des lieux, je défie quiconque de faire l'apologie de Kim Jong-Il et de le qualifier de communiste !